4 ingrédients de l’empathie

4 ingrédients de l’empathie

Ne te contente pas d’agir, sois-là! (précepte bouddhiste)

Au bureau, quelqu’un vous dit:

“ Je n’ai pas pu m’endormir avant trois heures du matin hier parce que je réfléchissais à notre présentation d’aujourd’hui. Alors, ce matin, je me suis dit que je ferais mieux de boire beaucoup de café pour me tenir éveillé et attentif… mais maintenant j’ai un mal de crâne terrible! Pourquoi faut-il toujours que j’aie des maux de tête quand je dois faire quelque chose d’important!?”

Extrait du livre Manuel de Communication NonViolente (Lucy Leu)

présentation

Ce que l’empathie n’est pas

Dans l’exemple ci-dessus, on peut imaginer plusieurs types de réponses:

“ C’est probablement parce que tu es stressé. La combinaison du stress, de la fatigue et de la caféine peut provoquer des maux de tête”

= compréhension intellectuelle et réponse à la question de la dernière phrase

“Tu as ce genre de problème depuis longtemps?”

= enquêter sur la situation

“La présentation ne dure qu’une heure. Ne t’inquiète pas, ça va aller.”

= minimiser, rassurer

“Tu devrais peut-être prendre un calmant à base de plantes la veille en allant te coucher. Enfin pour maintenant, tu pourrais peut-être prendre un anti-douleur et t’allonger quelques minutes”

= conseiller

“ Ah oui, moi aussi j’ai toujours du mal à dormir la veille d’une présentation!”

= ramener à soi

“Oh je te plains! Avoir mal à la tête quand on doit faire une présentation, c’est vraiment pénible”

= être en sympathie

 

Mon propos n’est pas de dire que ces manières de réagir sont ‘mauvaises’ et que l’empathie est la ‘bonne’ façon de faire. Je donne ces exemples pour clarifier ce qu’est l’empathie et ce qu’elle n’est pas.

 

Qu’est-ce que l’empathie?

point de vue empathie

L’empathie revient à venir se placer à côté de l’autre, pour voir de quoi a l’air la réalité à travers ses yeux, sans le juger. Si vous avez lu mon article Une histoire de montagnes cela revient à monter sur la montagne de l’autre et à observer le paysage de son point de vue.

Il s’agit plus d’une qualité de présence et d’une intention que d’une technique ou d’un savoir-faire. L’intention est d’être avec l’autre, là où il en est. Quels sont les ingrédients de l’empathie?

 

Les quatre étapes de base de l’empathie

Dans l’empathie, on  retrouvera les éléments ObservationSentimentBesoinDemande qui sont les quatre étapes de base du processus de la Communication NonViolente. Lorsque l’on fait les ‘gammes’, ça donne:

  • O: “Quand tu …” (par exemple “Quand tu dis ça”)
  • S: “Est-ce que tu te sens …”
  • B: “Parce que tu aurais besoin de …”
  • D: “Est-ce que c’est ça?”

La demande, dans le cas de l’empathie, est presque toujours une demande de connexion. L’intention est de vérifier si ce que l’on a perçu semble pertinent pour l’autre ou pas.

Exemple:

“Quand tu dis ça, est-ce que tu es frustré parce que tu aimerais vraiment être en forme et avoir l’esprit clair pour donner cette présentation? Est-ce que c’est ça? ”

Dans ce que j’appelle la ‘girafe de rue’ (voir l’article sur la ‘girafe de rue’ – A venir), c’est à dire lorsque l’on a la conscience des étapes de la CNV et que l’on utilise un langage plus spontané, c’est souvent résumé au sentiment et au besoin, voire même parfois seulement le besoin :

  • (l’observation est sous-entendue)
  • Tu es << S >> parce que tu aimerais << B >> ?
  • Le point d’interrogation implique la demande.

Exemple:

“T’es dégouté parce que tu veux être au top pour cette présentation?”

Vu que l’empathie est avant tout une qualité de présence, elle peut aussi bien être silencieuse. Je me connecte alors à ce que je pense être les sentiments et besoins de mon interlocuteur, sans le dire.

empathie

La présence, au présent!

Lorsque je donne de l’empathie à quelqu’un, le seul moment qui m’intéresse est le présent. Si l’on évoque une situation qui a eu lieu dans le passé, ce sur quoi portera mon attention sera comment la personne se sent et de quoi elle a besoin maintenant.

Exemple:

Reprenons la situation ci-dessus. Imaginons que mon collègue me dise une semaine plus tard:

“Mercredi passé,  je n’ai pas pu m’endormir avant trois heures du matin parce que je réfléchissais à la présentation que je devais faire. Alors, le matin, je me suis dit que je ferais mieux de boire beaucoup de café pour me tenir éveillé et attentif… et puis j’ai eu un mal de crâne terrible! Pourquoi faut-il toujours que j’aie des maux de tête quand je dois faire quelque chose d’important!?”

Si on se focalisait sur le passé, ça donnerait:

“Tu étais frustré parce que tu voulais vraiment être en forme et avoir l’esprit clair pour donner cette présentation?”

Si on donne de l’empathie, on se focalise sur le moment présent, et ça donne plutôt:

“Tu es inquiet parce que tu voudrais trouver un moyen de gérer la pression quand tu dois faire quelque chose d’important?” (=> vivre plus de sérénité, avoir plus de clarté sur ce qu’il pourrait faire et/ou être créatif pour trouver une solution)

 

Différence entre empathie et sympathie

L’empathie est, comme nous l’avons vu : “être avec” l’autre, mesurer ce qu’il vit. Pour utiliser une image, je dirais que quand je donne de l’empathie à quelqu’un, je m’assieds à côté de lui. Lorsque je sympathise, il y a une sorte de fusion entre son vécu et le mien. Quand je suis dans la sympathie, je vois ce que son histoire me fait à moi. Je m’identifie à mon interlocuteur et je ressens ses émotions comme si elles m’appartenaient.

Je peux donner de l’empathie à quelqu’un qui agit d’une façon qui ne me convient pas du tout. Etre empathique ne veux pas dire ‘être d’accord’! Par contre, si je ne suis pas d’accord avec les actes de la personne, il faudra peut-être que je fasse un travail sur moi pour mettre momentanément de côté mes sentiments, voire mes jugements afin d’être disponible pour écouter l’autre: pour voir quels besoins cette personne essaye de combler en utilisant cette stratégie.

Ainsi, je peux imaginer donner de l’empathie à Hitler, par contre je ne pourrais pas ressentir de la sympathie pour lui. A l’inverse, il peut m’arriver d’éprouver de la sympathie pour quelqu’un et d’avoir bien du mal à lui donner de l’empathie. Cela peut m’arriver quand je suis touchée par ce que dit une personne.

Exemples:

Une personne m’a dit récemment avoir perdu son fils. Il m’est immédiatement venu en tête l’idée que ça devait être terrible. A ce moment-là, je ressentais la peur que cela m’arrive à moi. (= sympathie) Il m’a fallu quelques instants avant d’être capable de l’écouter en étant disponible pour son vécu à elle. (=> empathie)

Une autre personne m’a dit: “Il serait temps qu’on soit moins laxiste et qu’on mette tous ces étrangers dehors!” J’ai pu entendre sa colère, son besoin de sécurité entre autres (= empathie). Je n’éprouvais pourtant aucune sympathie vis-à-vis d’elle quand elle a exprimé ces paroles. Par contre, le fait de me relier à ses besoins a fait que j’ai pu voir son côté humain: elle veut vivre en sécurité, tout comme moi – même si je ne suis pas d’accord avec sa stratégie.

 

Pourquoi donner de l’empathie?

Dire pour être entendu

Tout être humain aspire à être entendu. Au plus ce que je vis est intense, au plus ce besoin est présent. C’est vrai pour les moments douloureux comme pour les moments de joie.

Si je suis en train de vivre un deuil, j’ai envie que les personnes autour de moi mesurent à quel point c’est difficile pour moi à ce moment-là. Je n’ai pas envie que l’on me dise que ça va passer ou que je pleure parce que je suis dans une étape normale du deuil.

Et si je viens d’apprendre une bonne nouvelle, j’ai envie de la partager et que la personne qui m’entend perçoive ma joie. Je n’ai pas spécialement envie qu’elle parle de sa situation à elle ou qu’elle me mette en garde parce qu’une bonne nouvelle est selon elle toujours suivie par une mauvaise.

Lorsque je donne de l’empathie à quelqu’un, je vois toute la beauté de la vie qui est en lui. Il le sent et ça crée un lien entre nous. C’est une des façons que je préfère de me relier à quelqu’un parce que cela me permet de voir l’être humain qui est en face de moi dans ce qu’il a de précieux.

Enfin, j’ai la croyance que partager une peine la fait diminuer et partager une joie la fait augmenter. Et vous?

 

L’empathie peut aller bien plus en profondeur que les exemples que j’ai cités ici. Vu que cet article est déjà long, cela fera l’objet d’un autre article (A venir) Clignement d'œil

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